Organismes à but non lucratif : les bonnes pratiques pour se protéger du risque de financement du terrorisme
Comment mettre en œuvre, à son propre niveau, la Recommandation 8 du GAFI
Pourquoi cette publication ?
Les organismes à but non lucratif (OBNL), associations, ONG, fondations, organisations confessionnelles, projets de développement, ont une place importante dans nos économies. Leur rôle expose certaines organisations à un risque insoupçonné : celui d'être utilisées, à leur insu, comme vecteur de financement du terrorisme.
Le Groupe d'Action Financière (GAFI), organisme international de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, a consacré sa Recommandation 8 à ce risque spécifique. Depuis sa révision de novembre 2023, cette recommandation repose sur un principe clair : le risque ne concerne qu'une minorité d'organismes, et les mesures de protection doivent être proportionnées, et non appliquées de manière uniforme à l'ensemble du secteur non lucratif.
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💡 EN BREF Cette publication s'adresse aux dirigeants, trésoriers et responsables administratifs d'OBNL. Elle reprend les actions concrètes que votre organisation peut engager elle-même, indépendamment de ce que l'État ou le régulateur exige, pour se prémunir efficacement contre ce risque — et démontrer, le cas échéant, sa bonne foi et sa rigueur de gestion auprès de ses partenaires, bailleurs et autorités de tutelle. |
1. Comprendre que le risque ne concerne pas toutes les OBNL de la même façon
Avant d'agir, il est utile de savoir se situer. Le GAFI lui-même reconnaît que la grande majorité des organismes à but non lucratif ne présentent qu'un risque faible, voire nul, d'exploitation à des fins de financement du terrorisme. Le niveau de risque dépend notamment de :
Les profils de risque identifiés (classification GAFI)
Les évaluations nationales conduites dans le cadre du dispositif GAFI (et reprises par les organismes régionaux comme le GABAC en Afrique centrale) classent habituellement les OBNL selon deux grandes distinctions, combinées entre elles :
L'échelle des niveaux de risque
Au-delà de ces profils, le GAFI et les organismes régionaux notent les OBNL sur une échelle de risque, en croisant le niveau de menace et le niveau de vulnérabilité propre chaque organisation. La tendance actuelle est de privilégier une échelle à quatre niveaux :
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Niveau de risque |
Signification et portée pratique |
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Faible |
Risque quasi inexistant ou nul : une vigilance de base et une comptabilité rigoureuse suffisent généralement. |
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Modéré |
Risque présent mais limité : une vigilance renforcée ponctuelle est recommandée sur certaines opérations ou certains partenaires. |
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Élevé |
Risque significatif : des mesures de contrôle renforcées et un suivi rapproché des flux financiers sont attendus. |
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Très élevé |
Risque avéré : mesures de vigilance maximales, voire mesures d'atténuation immédiates (audit externe, gel conservatoire, signalement aux autorités). |
Certains pays ou secteurs continuent d'utiliser une échelle simplifiée à trois niveaux (Faible / Moyen / Élevé) — les deux échelles coexistent selon les juridictions et les méthodologies nationales.
Bonne pratique n°1 : réaliser sa propre auto-évaluation de risque. Ne pas attendre un contrôle externe pour s'interroger. Un simple exercice interne, mené une fois par an permet de savoir où se situe l'organisation et d'ajuster ses mesures de vigilance en conséquence.
2. Connaître ses partenaires, ses bénéficiaires et son personnel
Bonne pratique n°2 : exercer une vigilance raisonnable sur les tiers.
Bonne pratique n°3 : formaliser sa gouvernance.
3. Adopter une approche fondée sur le risque, proportionnée à sa taille
Le GAFI insiste sur ce point : il n'existe pas de solution unique. Une petite association locale ne doit pas se sentir obligée de reproduire les dispositifs de contrôle d'une grande ONG internationale.
Bonne pratique n°4 : conformer ses mesures de vigilance à son profil de risque réel.
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⚠️ POINT DE VIGILANCE Ce principe de proportionnalité protège aussi l'organisation elle-même : des contrôles disproportionnés par rapport à sa taille consomment des ressources qui devraient servir sa mission sociale. Le GAFI lui-même met en garde contre les mesures excessives — exiger un audit externe systématique ou un responsable conformité dédiée n'a pas de sens pour une association à risque faible ou nul. |
4. Tenir une comptabilité et une documentation financière traçables
C'est la mesure la plus simple, la plus attendue, et souvent la plus négligée.
Bonne pratique n°5 : documenter systématiquement l'origine et la destination des fonds.
Bonne pratique n°6 : séparer les fonds par projet ou par source de financement. Une comptabilité qui distingue clairement chaque projet, chaque bailleur et chaque zone d'intervention permet de répondre rapidement à toute question sur la traçabilité d'un financement particulier, sans devoir reconstituer l'information a posteriori.
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💡 BON À SAVOIR Dans l'espace OHADA, le SYCEBNL (Système Comptable des Entités à But Non Lucratif), en vigueur depuis le 1er janvier 2024, rend déjà obligatoire la tenue d'un registre des donateurs coté et paraphé. Une organisation en conformité avec le SYCEBNL a donc déjà posé une bonne partie des fondations attendues par la Recommandation 8 en matière de traçabilité financière. |
5. Dialoguer plutôt que subir : construire une relation de confiance avec les autorités
Bonne pratique n°7 : participer activement aux consultations et sensibilisations organisées par les autorités. Lorsque les autorités de tutelle (ministère de l'Administration territoriale, agence de renseignement financier, régulateurs sectoriels) organisent des concertations ou des formations sur la conformité LBC/FT, y participer permet à l'organisation de mieux comprendre les attentes réelles, souvent plus mesurées que ce que l'on imagine, et de faire remonter les difficultés pratiques rencontrées sur le terrain.
Bonne pratique n°8 : anticiper plutôt que réagir. Une organisation qui peut démontrer, documents à l'appui, qu'elle applique déjà ces bonnes pratiques est en position de force face à un contrôle — qu'il émane du régulateur national ou d'un bailleur international exigeant des garanties de conformité avant de financer un projet.
6. Ce qu'il ne faut pas faire : les pièges à éviter
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🚫 À ÉVITER ABSOLUMENT • Ignorer les demandes de transparence des autorités administratives et des partenaires : le refus de fournir des informations sur l'origine des fonds est l'une des premières causes de soupçon que subissent aujourd'hui de nombreuses OBNL légitimes. • Accepter des fonds dont l'origine ne peut être clairement établie, même si le montant est significatif pour l'organisation. • Laisser la gestion financière reposer sur une seule personne sans aucun contrôle croisé, y compris dans les petites structures. • Confondre lourdeur administrative et sécurité réelle : l'objectif n'est pas d'accumuler les documents, mais de pouvoir répondre, en cas de besoin, aux questions légitimes sur l'origine et la destination des fonds. |
En résumé
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💡 À RETENIR Ces bonnes pratiques ne visent pas à transformer chaque association en institution financière surveillée : elles visent à protéger le secteur non lucratif lui-même, sa réputation, sa capacité à accéder aux services bancaires et aux financements internationaux, et surtout sa mission — en écartant le petit nombre de cas d'abus qui, sans cela, jettent le soupçon sur l'ensemble d'un secteur essentiel à nos sociétés. |
Références et sources
1. GAFI (2012, mise à jour 2025), Les Recommandations du GAFI — Recommandation 8 et sa Note interprétative. www.fatf-gafi.org/fr/publications/Recommandationsgafi/Recommandations-gafi.html
2. GAFI (2023), Best Practices on Combating the Abuse of Non-Profit Organisations. www.fatf-gafi.org/content/dam/fatf-gafi/guidance/BPP-combating-abuse-non-profit-organisations.pdf
3. GAFI (novembre 2023), Protecting non-profits from abuse for terrorist financing through the risk-based implementation of revised FATF Recommendation 8. www.fatf-gafi.org/en/publications/Fatfrecommendations/protecting-non-profits-abuse-implementation-R8.html
4. GABAC (2022), Rapport d'évaluation mutuelle du Cameroun — Mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. www.fatf-gafi.org/content/dam/fatf-gafi/fsrb-mer/GABAC-French-Mutual-Evaluation-Report-Cameroun-2022.pdf
5. OHADA (décembre 2022), Acte uniforme relatif au Système comptable des entités à but non lucratif (SYCEBNL), en vigueur depuis le 1er janvier 2024. www.ohada.org
6. CENTIF Côte d'Ivoire (2025), Rapport d'Évaluation Sectorielle des Risques liés aux Organismes à But Non Lucratif (OBNL).
Cette publication constitue une synthèse pédagogique élaborée à partir des sources ci-dessus ; elle ne remplace pas une consultation des textes officiels du GAFI, du GABAC ou de l'OHADA pour toute décision de conformité.
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